071 32 06 58 L.tazribine@avocat.be

Publié le 7 novembre 2026

En brefDepuis la réforme de 2015, les jugements civils de première instance sont en principe exécutoires par provision : faire appel n’empêche pas la partie gagnante de les faire exécuter. Il existe toutefois des moyens de limiter les conséquences : demander au premier juge d’écarter l’exécution provisoire, recourir au cantonnement, ou saisir le juge des saisies en cas de difficulté d’exécution.

Le principe : l’appel ne suspend pas

Avant 2015, l’appel suspendait en règle générale l’exécution du jugement. Le législateur a inversé ce principe pour décourager les appels dilatoires : un jugement définitif rendu en première instance peut être exécuté dès sa signification, même si un appel est formé. Le juge peut toutefois en décider autrement, par une décision spécialement motivée, sauf exceptions prévues par la loi.

Les risques pour la partie qui exécute

L’exécution provisoire se fait aux risques et périls de celui qui la poursuit. Si le jugement est réformé en appel, il devra restituer ce qu’il a perçu et, le cas échéant, réparer le dommage causé par l’exécution.

Les moyens de se protéger

Avant le jugement : demander d’écarter l’exécution provisoire

Le moment clé se situe en première instance : dans ses conclusions, la partie qui craint une condamnation peut demander au juge d’exclure l’exécution provisoire ou de la subordonner à une garantie, en expliquant pourquoi une exécution immédiate causerait un dommage difficilement réparable.

Le cantonnement

Lorsqu’il s’agit d’une condamnation à payer une somme, la partie condamnée peut, dans les conditions prévues par le Code judiciaire, consigner le montant (cantonnement) : la somme est bloquée, ce qui évite des saisies, et elle est attribuée à la partie qui l’emportera finalement.

Le juge des saisies

En cas de difficulté d’exécution (saisie disproportionnée, biens insaisissables, irrégularité de la procédure d’exécution), le juge des saisies peut être saisi. Il ne rejuge pas l’affaire, mais contrôle la régularité de l’exécution.

La négociation

Un accord avec l’autre partie (plan de paiement, garantie bancaire) reste souvent la solution la plus pragmatique en attendant l’arrêt d’appel.

Et en cas de jugement par défaut ?

Les règles sont différentes pour les jugements rendus par défaut : l’opposition peut, dans certains cas, avoir un effet sur l’exécution. Ce point doit être vérifié dès la signification. Voir la page recours en droit civil.

Les cas où l’exécution provisoire est exclue

La loi prévoit que certaines décisions ne peuvent pas être exécutées par provision, ou seulement dans des conditions particulières, notamment dans certaines matières familiales ou lorsque le juge l’a expressément exclue par une décision motivée. Il faut donc toujours vérifier le dispositif du jugement : il précise souvent si l’exécution provisoire est autorisée, refusée ou soumise à une garantie.

Ce qui se passe concrètement après la signification

  1. L’huissier signifie le jugement, souvent avec un commandement de payer.
  2. À défaut de paiement, il peut procéder à une saisie : saisie sur salaire, saisie-arrêt sur compte bancaire, saisie mobilière ou immobilière.
  3. Les sommes saisies sont attribuées au créancier, sous réserve de restitution si le jugement est réformé.

Les montants insaisissables

Même en cas d’exécution, une partie des revenus est protégée : la loi fixe des quotités insaisissables sur les rémunérations et certaines allocations, et certains biens indispensables à la vie quotidienne ne peuvent pas être saisis. Ces montants sont indexés chaque année. En cas de saisie abusive, le juge des saisies peut être saisi.

L’appel : nécessaire même si le jugement est exécuté

Payer ou subir l’exécution du jugement ne signifie pas renoncer à l’appel, à condition de ne pas avoir acquiescé au jugement de manière non équivoque. Il est prudent d’indiquer, lors d’un paiement, qu’il est effectué sous toutes réserves et sans reconnaissance préjudiciable. L’appel doit être introduit dans le délai, en principe un mois à partir de la signification.

Questions fréquentes

Si je gagne en appel, vais-je récupérer ce que j’ai payé ?

En principe oui : la partie qui a exécuté le jugement doit restituer ce qu’elle a perçu. En pratique, la restitution peut être difficile si elle est insolvable, d’où l’intérêt du cantonnement ou d’une garantie.

Le juge d’appel peut-il arrêter l’exécution ?

Les possibilités sont limitées et encadrées par le Code judiciaire. Il est généralement plus efficace d’agir en première instance, avant le jugement, en demandant d’écarter ou d’encadrer l’exécution provisoire.

D’autres questions fréquentes

Le cantonnement est-il possible pour toutes les condamnations ?

Il concerne principalement les condamnations au paiement d’une somme d’argent et suppose de respecter les conditions et formalités prévues par le Code judiciaire. Certaines créances, notamment alimentaires, suivent des règles propres.

Faut-il un huissier pour exécuter un jugement ?

Oui. L’exécution forcée d’un jugement passe par un huissier de justice, après signification de la décision.

Sources officielles

Informations vérifiées au 6 novembre 2026.

Vous avez reçu une décision défavorable ?

Les délais de recours sont souvent courts. Le cabinet peut examiner votre situation.

Examiner ma situation

Article à visée informative. Il ne constitue pas un avis juridique personnalisé. Vérifiez la date de mise à jour et les textes officiels (Justel, Moniteur belge).